Points de vue

CH–UE: envoyer un signal positif

Andrea Gmür-Schönenberger
Conseillère aux Etats, membre du team politique FUTURE

Durant cette session, nous nous prononcerons, au Conseil des Etats, sur le déblocage de la 2ème contribution de cohésion de la Suisse en faveur de certains Etats membres de l’UE. Après la rupture des négociations sur un accord-cadre institutionnel, le Conseil fédéral veut montrer que la Suisse reste une partenaire fiable en débloquant rapidement cette contribution. Il s’agit de poser les bases de la poursuite de la voie bilatérale et de l’avancement de différents dossiers de la collaboration Suisse–UE.

La CPE-E a examiné les opportunités et les risques et elle partage l’avis du Conseil fédéral, selon lequel la mise en œuvre rapide de la contribution enverrait un signal positif à l’UE. Les crédits-cadres d’environ 1,3 milliards de francs doivent contribuer à atténuer les disparités économiques et à mieux gérer les flux de migration.
 
Etant donné que l’UE considère cette contribution comme une condition aux négociations avec la Suisse sur son association à Horizon Europe, l’objet revêt aussi une importance capitale pour notre place de recherche et d’innovation. Les scientifiques et les PME suisses sont actuellement exclus des parties principales du programme de recherche de l’UE. Le Parlement peut désormais ouvrir la voie à une éventuelle participation à Horizon Europe. 

Coopérer permet d’avancer

Christian Wasserfallen
Conseiller national, président du team politique du Réseau FUTURE

Depuis des décennies, la coopération scientifique est pour la Suisse et ses partenaires un facteur de réussite. En 1954, la Suisse a fondé avec d’autres pays le CERN – aujourd’hui le plus grand centre de recherche au monde en physique des particules. Des équipes internationales y questionnent chaque jour notre compréhension de l’univers. Pour pouvoir le faire, elles dépendent de la volonté d’élues et d’élus qui créent les conditions-cadres et ancrent la coopération internationale sur le plan politique.

La Suisse participe depuis 2004 aux programmes-cadres de recherches de l’UE en tant que pays associé. Horizon Europe 2021-2027 démarre avec un budget de 95,5 milliards d’euros. Les possibilités de participation de la Suisse ne sont toutefois pas encore clarifiées et les négociations sont bloquées. L’UE a associé de manière incompréhensible les dossiers pourtant indépendants d’Horizon Europe et de l’accord-cadre. La science devient ainsi le jouet de la politique. 
 
Indépendamment des développements ultérieurs sur la préservation des accords bilatéraux, la science ne doit pas être politisée. De nombreux projets et des collaborations sont en cours dans l’espace européen de la recherche. L’intérêt de voir la Suisse pleinement associée à Horizon Europe est grand. Contrairement aux blocages, la coopération nous fait avancer. 
 

Assurer la coopération avec l’UE

Michael Hengartner
Président du Conseil des EPF

L’Union européenne est la partenaire principale de la Suisse en matière de formation, de recherche et d’innovation. La fin de cette fructueuse coopération serait une grande perte pour notre pays. Une exclusion des programmes cadres de recherche de l’UE (PCR) ne pourrait pas être remplacée de manière équivalente, ni par des programmes nationaux, ni par une coopération plus étroite avec les différents Etats. C’est pour cette raison que les acteurs du Domaine FRI se sont clairement prononcés en faveur d’une participation de la Suisse au prochain PCR «Horizon Europe». Si la Suisse était exclue par l’Europe, cela aurait un impact négatif majeur sur la force d’innovation et la compétitivité de notre pays à moyen et à long terme.

Les programmes cadres de recherche de l’UE sont extrêmement précieux pour le domaine des EPF. Ils élargissent nos réseaux internationaux, mais renforcent aussi l’attrait et la réputation de nos institutions et de la Suisse en tant que leader en matière de recherche et d’innovation. Cela fait longtemps que la recherche a cessé de se limiter aux frontières nationales. La pandémie de coronavirus en est un excellent exemple. Il est tout aussi nécessaire de coopérer et d’échanger par-delà les frontières nationales, que de se concurrencer. Cela donne à notre pays la possibilité de se mesurer aux meilleures places scientifiques. Si les chercheuses et chercheurs suisses ne pouvaient plus demander de subventions auprès du Conseil européen de la recherche (CER) – plus ou moins équivalent aux médailles d’or de la recherche européenne, notre pôle serait clairement désavantagé. Et les meilleur.e.s chercheuses et chercheurs de l’étranger ne se porteraient certainement plus candidat.e.s à un emploi en Suisse. J’ose la comparaison: si vous étiez professionnel.le de tennis, ne joueriez-vous plus qu’à Gstaad et Bâle au lieu de Wimbledon et Paris ? 

Le Conseil des EPF et les institutions de ce domaine sont inquiets: nous ne savons toujours pas si et comment la Suisse peut participer à Horizon Europe. La formation, la recherche et l’innovation risquent de devenir des dommages collatéraux des relations entre la Suisse et l’UE. Ce qui, ironiquement, affaiblirait les deux parties, car l’UE bénéficie également de cette coopération. En tant qu’optimiste pragmatique, j’espère donc fermement une issue positive des négociations, et je remercie chacune et chacun pour son engagement à cette fin. 
 

Pas d’expérimentation avec la santé

Simone de Montmollin
Conseillère nationale, membre du Team politique FUTURE

Durant la session de printemps au Conseil national, nous allons examiner l’initiative populaire pour l’interdiction de l’expérimentation animale et humaine. Son acceptation aurait de graves conséquences sur la recherche, l’industrie et le système de santé suisses.

Deux propositions de minorité ont été déposées: un contre-projet direct visant à ancrer dans la Constitution un plan d’abandon des expériences contraignantes pour les animaux, ainsi qu’une demande de renvoi en commission pour l’élaboration d’un contre-projet indirect. Toutes deux doivent être clairement rejetées. La communauté scientifique veille à ce que les expérimentations animales soient réduites au minimum et remplacées par des méthodes alternatives. Dans des domaines spécifiques comme la médecine humaine et vétérinaire, il n’est toutefois pas possible d’y renoncer totalement. Un désengagement successif correspondrait, dans les faits, à une interdiction de la recherche dans ces domaines. L’avenir de la place scientifique suisse et du progrès médical serait alors compromis.
 
Le Conseil fédéral et la communauté scientifique veulent continuer à réduire ces expérimentations, à les remplacer et à les raffiner pour diminuer les contraintes sur les animaux selon le principe des 3R. Le nouveau Programme national de recherche «Advancing 3R» a été lancé à cette fin. C’est la voie à suivre pour agir dans l’intérêt du bien-être animal sans impacter négativement notre société.